Ce voile n'est qu'un signe apparent de bonheur, il est aussi la marque d'un désarroi profond, comme le traduit si bien le poème de Muhamad el Sharafi. Les larmes, elles sont versées autant par la femme que par l'homme qui doit l'épouser. On penserait que l'homme peut choisir, mais ce n'est pas le cas, lui aussi, il est victime de cette tradition sans appel. "Je dois te supporter devant moi. Tu dois me supporter devant toi"… aucune place pour l'amour, pour la sensualité qui pourtant se dégage du poème. La femme et l'homme sont tous deux victimes du destin et de la volonté des deux familles toutes-puissantes. Ceci apparaît très bien dans les deux parties du montage : plainte de la jeune femme, plainte de l'époux, cette plainte que l'on entend rarement. Chez nous, en Occident, on croit que là-bas, l'homme choisit, mais il n'en est rien. L'intérêt, la famille disposent du sort des enfants. Je ne vois pas de défauts dans la diction des deux récitants, les deux voix, féminine et masculine, se complètent et s'accordent à merveille, chacune d'elle traduit la souffrance partagée. Chaque mot pèse son poids, il n'y a aucun terme superflu, ce qui donne encore plus d'intensité à l'ensemble. J'aime beaucoup toutes les images de fenêtres, de barreaux avec l'apparition de ces magnifiques yeux féminins qui symbolisent la prison intérieure dans laquelle les deux époux sont enfermés, victimes de la tradition contre laquelle ils ne peuvent se révolter. De ce diaporama émane une immense souffrance. On parle souvent de la condition des femmes dans la société yéménite, mais le sort de l'homme n'est pas plus enviable. Lui non plus, il n'est pas libre, il n'a pas le droit de choisir. En épousant celle qu'on lui réserve, il souffre. C'est un superbe diaporama qui a remporté de nombreux succès mérités dans diverses compétitions. Il figurera sans aucun doute au catalogue des meilleures œuvres. Rares sont les clubs qui ne l'ont pas sélectionné pour leur gala.
Modifié en dernier par dccn le jeu. 11 janv. 2007 11:45, modifié 2 fois.
Il y a près de trente ans, un collègue voyageur et photographe talentueux nous avait fait découvrir ces hautes maisons aux fenêtres décorées d'un pays que l'on avait appelé l'Arabie Heureuse, qui faisait rêver à la Reine de Saba et à toutes les légendes dorées d'autrefois.
Aussi, revoir des images d'une architecture aussi particulière est un vrai plaisir.
Mais de voir comment cette architecture est utilisée dans le montage pour symboliser l'enfermement est extrêmement frappant. Le parti pris de ne jamais montrer la femme (ni l'homme, car comme le remarque Michèle, son sort n'est pas si enviable) sauf une silhouette et un il, oblige à "voir" ces fenêtres aveugles comme un symbole très fort.
La distance ainsi prise, entre la parole (je reprends tous les compliments déjà énoncés) et ce que l'on ne voit pas, oblige donc à intérioriser le discours, à ne pas rester à la surface des choses, à l'esthétique de l'architecture, mais à y déceler la signification.
Le sujet et la façon dont il est traité font de ce montage une grande réussite. Bravo
Texte engagé en faveur de la liberté des femmes. Le mari semble chercher excuses ! Mais l'ensemble ne laisse pas indifférent, surtout pour le voyageur que je suis.
Et dire que je ne connaissais pas ce montage. Je viens de le découvrir. Bravo à l'auteur, Maurice Guidicelli...et bravo à Michèle Paret pour l' interprétation très exacte qu'elle fait de ce diaporama. Merci