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"Les bagnes de Poulo Condore" de Stephane Bidouze
Posté : lun. 10 oct. 2005 18:37
par dccn
"Les bagnes de Poulo Condore" de Stephane Bidouze
L'analyse de Michèle Paret:
Voilà un diaporama qui mérite d'être vu et revu, car c'est un documentaire de grande qualité.
Le thème : pas besoin de préciser à quel point il est dramatique et ne peut laisser indifférent.
Stéphane Bidouze l'a traité avec beaucoup de maîtrise. Les images sont fortes et tous les détails montrés en gros plan soulignent bien l'horreur des massacres perpétrés à Poulo Condore. L'ambiance musicale rend le diaporama encore plus pathétique.
C'est un très bon reportage, un sujet bien traité, bien travaillé, les possibilités offertes par l'outil informatique sont bien exploitées : du beau travail de réalisation technique. J'ai apprécié les longs travellings du début montrant l'étendue des lieux, l'alternance de vues en noir et blanc et en couleur, le passage des documents d'archives dans un cadre coloré.
Néanmoins, j'ai quelques critiques à adresser à l'auteur.
Le choix du poème de Baudelaire (très connu) ne convient pas au sujet traité. Le "spleen" et les états d'âme du poète n'ont rien à voir avec les horreurs commises dans les bagnes. De plus, j'ai été gênée par l'apparition des vers en diagonale : difficile de les lire, d'autant plus qu'ils ne restent pas longtemps visibles. Et puis, tous les spectateurs sont-ils capables de situer Poulo Condore et savent-ils ce qui s'y est déroulé ? Rien n'est moins sûr.
Il faut attendre la fin du diaporama pour obtenir ces renseignements essentiels, c'est dommage. J'aurais aimé les découvrir au début, avoir un peu plus de détails sur ceux qui ont construit et utilisé les bagnes : Français, Américains et Vietnamiens persécutant les uns après les autres le même peuple, cela mérite d'être su dès le début... Pas de long commentaire, soit, mais un texte un peu plus détaillé permettrait au spectateur de mieux apprécier l'impact du diaporama.
Posté : lun. 10 oct. 2005 18:42
par Flamme
D'abord bravo Smithorepour ce 3ème prix plus que mérité : il y a quelque chose de très complet dans ce travail qui donne envie de te présenter comme un cinéaste.... diaporamiste par le plus heureux des hasards. Ce que j'aime dans les bagnes, c'est qu'il est difficile d'en parler. Non, "on" me met la pression (un message affectueux de Maurice m'incitant à participer aux discussions) et j'ai choisi de parler de celui-ci parce que j'aime le superbe travail effectué, tant sur la musique que sur les mots, et l'image.
Un angoissant leitmotiv musical (la répétition, y a qu'ça de bon pour nos oreilles trop vite distraites) harponne et accroît notre angoisse de visiteurs (les pas) et voyeurs à la découverte de ce lieu : celui-ci s'offre en gigantesque panorama-travelling et c'est jouissif (c'est comme au cinéma, ceci malgré le tragique du sujet). Plus tard, le rythme saccadé des images colle à la musique ( percussive cette fois-ci, avec l'irruption de la batterie, les portes claquent, sonore, violente) lors de cette description terrible du quotidien des bagnards : latrines, chaînes, humidité, mauvais traitements, tortures, l'imaginaire fait le reste : nous ne sommes pas figés et sidérés comme devant la shoah de Lanzmann, mais emportés, ici le sujet est au service del'auteur, le travail de la pensée continue, l'émotion n'est pas épinglée, même s'il y a de l' horreur. Ici le sens esthétique de son auteur est omniprésent, il nous convie à découvrir aussi ce qu'il ressent lui-même : le poème de Baudelaire est lui aussi une invitation à entrer dans le décryptage humanisé de ce lieu irrespirable qu'il rend humain (c'est bien celui qui le visite qui lui ôte son anonymat) et ça c'est très beau aussi. Encore quelque chose qui semble "pas pris", les mots sont une trace et évoquent la perte, et en même temps l'inscription. L'auteur révèle aussi des couleurs : celle de la nature sauvage et indomptée qui reprend le dessus et celle de ces fenêtres ouvertes sur le dehors. Ce diaporama est très réussi, il y aurait encore beaucoup à en dire, je ressens sa modernité même si je ne connais rien à la technique du diaporama numérique. L'ensemble est très documenté, très complet (merci pour le "dessous des cartes"), mais je suis surtout impressionnée par le savoir-faire artistique de son auteur qui mêle ingénieusement les sons de la langue et la musique, les images et le rythme, son désir et le nôtre et provoque, bien sûr, n'ayons pas peur des mots, mon émerveillement. Bravo pour ce 3ème prix, j'espère que d'autres vont se lâcher (je pourrais en dire des pages, et j'adore Yvonne Bastet aussi)
hum hum...
Posté : mar. 11 oct. 2005 23:55
par dccn
Merci pour ces analyses...
Ce montage n'est pas à percevoir comme un documentaire, c'est pour cela qu'il est avare en précisions historiques, on se doute de ce qu'il se passait dans ces bagnes.
J'ai mixé ces images et ma musique pour enfermer le spectateur dans ces cellules, pour qu'il étouffe et ressente l'envie d'en sortir le plus tôt possible.
J'ai donc utilisé des thèmes obsessionnels (fenêtres, ouvertures, musique répétitive), l'ensemble accompagné par le spleen le plus terrible de Beaudelaire, qui est loin d'avoir juste des "états d'âme", mais qui est dans un état de souffrance intense, appelé "état d'enfer" en orient, qui finit par anéantir totalement le poète.
Il faut donc voir 3 souffrances en parallèle, celle amenée par le lieu (photos), la musique et l'accompagnement de Beaudelaire, qui est petit à petit détruit par sa souffrance intérieure.
Donc le lieu, extérieur; le poète, intérieur et la musique qui habille les deux.
Maintenant on peut contester la présence de Beaudelaire, même si je trouve cette vision un peu "scolaire", figée. J'ai posé la question à des amis enseignants et critiques littéraires, ils ont trouvé judicieux la présence de ce poème, comme quoi...
Seul Beaudelaire pourrait répondre...
En ce qui concerne les textes incrustés, je connais bien le problème, environ 1 personne sur 3 rencontre des problèmes pour les lires, je parle en projection grand format bien sûr. Dans la première version, leur temps
de présence était vraiment trop court, je l'ai allongé le plus possible, mais je ne peux faire plus à cause du rythme musical qui doit correspondre à celui des images. Mais le poème est tellement connu, qu'à la deuxième visu, plus la peine de le lire entièrement, les bribes suffisent.
Enfin, je précise que mon but n'est pas d'être réaliste (un docu complet sur ces bagnes est passé dans un Thalassa cet été), mais de plonger le spectateur dans des impressions.Le petit texte explicatif à la fin sert juste à situer l'île géographiquement et à justifier l'articulation entre les images des colons français et celles avec les américains, c'est tout.
Le placer en début de diaporama? A mon avis, trop réaliste par rapport à ce qui suit, et ça donnerai un ton de documentaire, donc fausse route.
Posté : mer. 12 oct. 2005 13:31
par dccn
Baudelaire, pas "beau de l'air".
Les bagnes de Poulo Condore
Posté : lun. 17 oct. 2005 17:31
par Renée Barge
J'ai beaucoup apprécié ce diaporama que j'avais déjà vu au gala du CLAVI à Villeurbanne.
Je trouve les images fortes, très suggestives, le montage parfaitement adapté au sujet, j'ai particulièrement remarqué le montage sans transition, rapide, qui suit les fondus du début et suggère la violence.
J'ai bien aimé la présentation des images d'archives dans une ouverture et le choix de placer les images en format portrait sur un fond de paysage.
Je regrette que le texte ne soit pas dit, le tout gagnerait en émotion et on aurait davantage de temps pour voir les images.
Je voudrais savoir avec quel logiciel a été réalisé ce diaporama et si le travelling a été filmé avec un caméscope.
Merci de diffuser tous ces beaux diaporamas.
explications
Posté : lun. 17 oct. 2005 19:22
par dccn
En ce qui concerne le logiciel utilisé, il s'agit de "Proshow gold".
Le travelling n'est rien d'autre qu'un panoramique composé d'une douzaine de photos verticales assemblées avec un logiciel.
Non, ce n'est pas de la vidéo, c'est une image fixe, bien entendu, une vidéo aurait une qualité d'image très en dessous, d'autre part, on verrait bouger l'image dans l'image (branches des arbres, feuilles etc.).
Le texte est écrit, parce que ma démarche en diaporama consiste à fusionner le plus possible le son et l'image, impossible de lire un texte sur ma composition musicale, qui est déjà assez pompeuse comme ça! On aurait alors une surcouche d'information sonore qui déséquilibrerait l'ensemble.
De plus, ce texte doit rester une voix intérieure.
merci pour votre appréciation et à bientôt.
Stéphane
Posté : sam. 3 déc. 2005 20:22
par Claude
Voilà un diaporama que j'ai pu voir et apprécier sur grand écran et que j'ai eu envie de télécharger, car il m'avait beaucoup impressionné. Ensuite, je suis allé sur l'espace de discussion. J'aimerais donner mon avis à Stéphane Bidouze. Bien sûr, votre diaporama n'est pas un reportage, vous êtes allé là-bas et on vous a expliqué ce qui s'y était passé. Croyez-vous que beaucoup de vos spectateurs connaissent l'histoire malheureuse de ces bagnes et les méfaits de la colonisation française ? Si vous aviez présenté un diaporama sur Ausschwitz, une présentation aurait été inutile, mais cette partie de l'histoire de France, on en parle peu. Vos images m'ont beaucoup ému et nous montrent bien l'horreur du camp. Cependant, moi aussi, je critique le choix du poème de Baudelaire pour l'illustrer. Très scrupuleux, j'ai vérifié le sens du mot "spleen"
"mélancolie passagère sans cause apparente, caractérisée par le dégoût de toute chose". Pour moi, c'est synonyme de mélancolie (voir l'exposition qui se déroule à Paris sur ce thème). Ma vision des choses est sans doute scolaire et figée, ce poème, est l'un des plus connus de Baudelaire, alors, j'ai ressorti mon vieux "Lagarde et Michard" qui en son temps faisait référence dans tous les lycées de France et de Navarre. Je pense vraiment que ce poème, vous l'avez utilisé au premier degré. Le poète écrit :"quand la terre est changée en un cachot humide
" puis "et se cognant la tête à des plafonds pourris", il ne s'agit pas d'une prison réelle, mais d'une incapacité du poète à vivre. Il a des problèmes personnels difficiles à surmonter. Rien à voir avec les atrocités perpétrées dans les bagnes. Les longs corbillards noirs, ne sont pas les costumes de bois auxquels vous semblez faire référence, mais les idées noires qui hantent l'auteur. De plus, ce texte est écrit et non dit
A mon avis, c'est une erreur. Il est difficile de détailler vos images, fort belles et poignantes, car on passe son temps à déchiffrer ce qui est écrit. Etait-il nécessaire de mettre un texte puisque vous privilégiez l'ambiance sonore ?
Posté : dim. 10 déc. 2006 23:48
par cyclophoto
Juste pour répondre à Renée que le travelling n'est pas filmé au camescope mais un assemblage panoramique de plusieurs photos .
Le logiciel utilisé par Stéphane pour ce diaporama en téléchargement au jour où j'écris est Proshow mais Stéphane l'a refait avec Pictures To Exe V5. Le panorama d'entrée dans le bagne y est bien plus fluide dans cette nouvelle version et les vues verticales plus fondues avec les fonds.
Cette nouvelle version est téléchargeable sur son site :
http://www.bidouze.com/.
Je l'ai visionné sur grand écran avec mes enfants de 7 , 9 et 11 ans en leur expliquant avant ce qu'est un bagne : ils sont restés scotchés par l'émotion que traduit magnifiquement ce diaporama.
Posté : dim. 10 déc. 2006 23:58
par dccn
Et hier, nous avons signalé ce très beau site de Stéphane dans notre page "Liens" .
Un site à visiter...
Avec des DCCN que l'on peut télécharger et qui ne sont pas (encore ???) sur le "Site du DCCN" !
Re: "Les bagnes de Poulo Condore" de Stephane Bidouze
Posté : mar. 6 oct. 2009 18:32
par Pirouette
magnifique résumé, sur cette triste réalité. ce diaporama nous fait ressentir la souffrance de ces prisonniers.